Violence ou agressivité?

Il n’est pas rare de faire l’amalgame entre violence et agressivité.
Par peur du conflit qui mène à la violence, nombre d’entre nous choisissent de se résoudre et de se taire, de faire le gros dos et de s’adapter… jusqu’au moment où c’est trop, beaucoup trop, et que c’est l’explosion!
Nous vivons hélas dans une société régie essentiellement  sur le mode dominant (ou dominateur?)-dominé. C’est celui qui se positionne de la manière la plus forte, ou qui a le plus de pouvoir sur l’autre, qui gagne. Pour ceux qui n’ont pas le tempérament de s’imposer, ni l’envie ni la force d’écraser l’autre, pour ceux qui n’ont pas le cœur ni l’énergie de se battre, dur-dur de se faire une place et de se faire entendre! Nous vivons aussi de plus en plus les uns sur les autres, dans la peur de perdre et de manquer, ce qui nous empêche d’écouter vraiment nos limites, notre vérité intérieure qui nous permettrait de pouvoir marquer, protéger, défendre nos territoires, qu’ils soient physiques, psychiques, moraux, émotionnels, financiers, etc…
Nous avons oublié notre sagesse animale, celle qui nous permet de définir de manière ajustée nos territoires, en fonction de nos besoins réels, et non en fonction des désirs insatiables ou inhibés de notre égo. Je me souviens de ce couple qui avait réservé à eux seul quatre chaises longues au soleil, en y déposant leurs affaires pendant leur absence… on ne sait jamais… Les chaises étant occupées quasi toutes par des livres et serviettes de bain, beaucoup n’osaient plus s’asseoir malgré les panneaux qui interdisaient de réserver les chaises longues!
La société d’aujourd’hui n’est-elle pas le résultat de ce mode de fonctionnement?
 Il est essentiel de se réapproprier l’agressivité saine de notre faune intérieure 😉
L’agressivité (ad-gressere = aller vers) est la force de vie qui nous sert à vaincre les obstacles et à satisfaire nos besoins. Elle est indispensable au bon développement de notre personnalité et fait partie intégrante de l’être humain. Agresser, c’est s’affirmer de manière constructive devant l’autre en « marchant vers lui ».

L’agressivité s’inscrit dans un mode relationnel, tandis que la violence vise la destruction du lien avec l’autre.

La personne violente ne s’intéresse pas à l’autre mais simplement à la menace qu’il représente. Elle ne pense qu’à elle, sans prendre soin des dégâts qu’elle peut causer. Selon D.Winnicott, la violence serait paradoxalement l’expression de la recherche dysfonctionnante de trouver un Autre au bout du lien, qui résiste à la destructivité.

Comment développer une agressivité saine?

Selon Daniel Calin, psychologue français, il y aurait cinq niveaux de développement de l’agressivité.
Elles se déroulent de la prime enfance à l’adolescence, et nous en portons les traces à l’âge adulte.

  1. L’agressivité primaire : les crises de rage du nourrisson – Le bébé a besoin d’un adulte pour le calmer, le rassurer. Contrairement à ce que l’on entend fréquemment dans les « bons conseils d’éducation des nouveaux-nés », lorsque ses besoins ne sont pas assez pris en compte, ou pas à temps par l’entourage, le bébé est débordé par l’inconfort ou la douleur et passe instantanément du calme à l’agitation. Il peut en garder la trace, adulte, sous forme de crises de nerf incontrôlables.
  2. L’agressivité sadique : les 4 volontés de l’enfant – A 2-3 ans, l’enfant fait « sa petite crise d’adolescence » :). Il marche, trône sur son petit pot et se fait attendre : c’est lui qui décide de pousser! Il dit non, frappe, boude. Il explore son pouvoir d’agir, mesure l’étendue de son pouvoir. Il agresse l’autre quand cela ne se passe pas selon ses désirs. C’est un moment crucial pour apprendre la non violence! Il est essentiel que les parents interviennent en mettant des limites, pour que l’enfant ne reste pas prisonnier de la tyrannie de ses désirs et caprices. Sinon, adulte, il n’hésitera pas à poser des actes en  dominateur, où tous les coups sont permis.
  3. L’agressivité œdipienne : triangulation et rivalité – De 3 à 5 ans, les enfants découvrent qu’ils sont sexués, avec les frustrations que cela entrainent : on n’aura pas tout, on ne pourra pas être tout. Même si filles et garçons sont logés à la même enseigne, la tentation est grande de croire que l’autre sexe est mieux loti. Ce qui participe au grand malentendu entre les hommes et les femmes, qui donne parfois l’espace à la violence dans les couples, nourrie par la foultitude de reproches ou de discriminations à propos du féminin ou du masculin. Prenant conscience des effets de la différence des générations, l’enfant se sent exclu du couple parental. Il mobilise alors toute une série de mouvements agressifs à l’égard du couple parental : exclure les parents, être tout pour le parent du sexe opposé, tenter de jouer un parent contre l’autre pour diviser et mieux régner…  S’il ne parvient pas à sortir de ces manœuvres destructrices, ces rivalités se rejouent adulte dans des jalousies amoureuses ou professionnelles.
  4. L’agressivité socialisée : le groupe – Une fois à l’école primaire, le travail d’autonomisation de l’enfant de 7 à 12 ans se poursuit en dehors et par rapport à la famille, dans la confrontation avec le groupe d’enfants. Dans son apprentissage, l’enfant se mesure aux autres et cherche à avoir des rivaux « à sa hauteur ». S’il a bien traversé les étapes antérieures, il n’éprouve aucun plaisir à battre un plus faible que lui. Chez l’adulte, on retrouve la trace de cette période sous forme de rivalité, de compétition pour atteindre un objectif, être le meilleur sans chercher à écraser l’autre.
  5. L’agressivité narcissisée : désidéalisation pour se construire – L’adolescence (qui dure de 13 à 25 ans!) apporte, avec sa poussée hormonale et les changements corporels, un nouveau degré d’élaboration de l’agressivité, renforcée la crise identitaire qu’elle provoque. Elle s’accompagne de nouveaux comportements narcissiques chez les adolescents. Les parents en prennent pour leur grade, car l’ado entame un processus de désidéalisation, essentiel pour se construire. Il attaque pour voir s’ils tiennent le coup. Si l’adulte se dégonfle ou reste sur ses positions autoritaristes cassantes, ce sera l’immense déception et il peut être prisonnier de vieilles rancunes du fait que ses parents n’ont pas suffisamment incarné les idéaux qu’il avait projetés sur eux. L’enjeu est de tuer le père idéal et la mère idéale de son enfance pour découvrir l’adulte qu’il a en face de lui, avec ses limites, ses côtés attachants, ses côtés « chiants ». C’est comme cela qu’il termine le processus de désidéalisation et peut investir son énergie dans son projet de vie, déterminant pour sa vie d’adulte. Il peut se mesurer à lui-même, se dépasser pour se prouver qui il est. Chez l’adulte, la volonté de se dépasser en se mesurant à lui-même est une trace de cette période.

L’agressivité saine s’apprend à tout âge. A tout âge, on peut apprendre à s’écouter, à mettre ses limites, à donner des feedbacks à sont environnement, à défendre son intégrité… quitte à apprendre à changer de territoire si notre vitalité est en danger. L’agressivité saine, c’est apprendre à agir de manière ajustée pour protéger son intégrité physique, psychique, émotionnelle, intellectuelle…

Parfois il s’agit de se battre,
parfois il s’agit de prendre ses cellules et fuir à toutes jambes!! 🙂

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