Le changement n’est pas toujours synonyme de meilleur… et notre cerveau le sait

« Je suis quelque peu agacé certains jours de voir ces milliers de titres qui font l’éloge ad nauseam du « changement« ; comme si cette idée était devenue l’équivalent d’un Smiley émoticône, un Thumbs Up de Messenger ou un J’aime de Facebook.

Ainsi, pullulent les articles et conférences qui suggèrent mille et une astuces pour transformer en succès instantané tout changement organisationnel, technologique ou autres.

L’idée même du « changement » a tellement été associée positivement à « progrès », « meilleur », « évolution » et « monde futur » que toute personne qui le questionne est accusée immédiatement d’être rétrograde, mésadaptée au monde moderne ou psychologiquement résistante.

Passer son existence à s’adapter aux changements incessants est devenu le nec plus ultra de l’adaptation sociale et professionnelle. La qualité première convoitée par tout employeur avant même les diplômes et expériences passées.

La raison profonde de l’émergence de ce discours réside dans la vitesse à laquelle les changements surviennent. Il en découle que les organisations ne veulent-peuvent attendre les délais normaux d’adaptation au changement, espèrent les imposer sans discussion et les idolâtrent comme une bénédiction à laquelle tous doivent se plier pour demeurer dans la course de la mondialisation.

Autre facteur, l’Égo-miroir de l’efficacité dans l’action. Modèle de pensée typiquement occidental qui s’est imposé partout dans le monde. Dont le visage psychologique pourrait s’énoncer comme suit:  » Plus je réussis une chose en moins de temps et avec des résultats chiffrés supérieurs, meilleures sont mes chances de battre les autres.  »

Mais est-ce bien vraiment toujours le cas que « tout changement = évolution positive » ?  Sommes-nous de meilleures personnes parce que nous procédons à des changements incessants?

La version actuelle de l’humanité, telle qu’elle est après des centaines de milliers d’années de lente évolution d’Homo Sapiens, n’a-t-elle donc aucune valeur appréciable au point de vouloir tout changer jour après jour?

Je m’évertuerai ici à défaire certains mythes psychologiques généralement invoqués à l’appui de ce discours à la mode:

1) le mythe de la résistance au changement

2) le mythe de l’adaptabilité infinie des humains

3) le mythe de la nécessité d’un bombardement continue de nouveaux stimuli

4) le mythe de la nécessité de devoir changer tout le temps comme symbole de croissance personnelle

5) le mythe de l’intemporalité de la vie humaine

 

Le cerveau est programmé pour repérer la nouveauté et la considérer comme suspecte

Tous les mammifères partagent ceci: tout stimulus qui sort de l’ordinaire est priorisé dans leur champ perceptuel et abordé comme une menace potentielle, tant que son caractère sécuritaire n’aura pas été établi.

Il en découle que l’on ne résiste pas au changement, mais plutôt que l’on s’en méfie tant qu’il n’aura pas été évalué comme non menaçant. Et c’est une caractéristique saine.

 

La neuroplasticité du cerveau n’est pas élastique à l’infini

L’enthousiasme de nombreux neuroscientifiques devant la possibilité de remodeler certaines connexions neuronales à l’âge adulte a fait naître un discours excessif en ce qui a trait aux possibilités d’adaptabilité du cerveau humain. Laissant faussement croire que l’on peut se remettre de n’importe quoi, s’adapter à tout et ne rien craindre, car les experts sauront reconfigurer un jour notre cerveau pour éliminer les dégâts éventuels.

Le mot « résilience » est devenu un fourre-tout dans lequel se déverse les pires dérapages qui prétendent que l’on peut se guérir de n’importe quoi par la simple pensée positive ou autres concepts nébuleux associés. La vérité c’est que la « résilience » demande du temps et de l’apprivoisement et se réalisera jusqu’à un certain point, pas toujours complètement toutefois.

 

L’excès de stimuli du cerveau en développement peut être dommageable

Il est faux de prétendre que plus on expose un enfant à des nouveautés d’apprentissages, la courbe des bienfaits qu’il en retire est exponentielle et proportionnelle.

Le cerveau connaît ses limites, et ne gagne rien à les outrepasser, sinon des signes d’anxiété vont apparaître. Connaître 4 langues, savoir jouer de trois instruments de musiques, pratiquer 5 sports et fréquenter une école réputée à l’âge de 10 ans ne vous rendra pas plus heureux… mais devrait remplir les poches des compagnies pharmaceutiques.

Des stimuli variés, mais bien dosés en nombre et dans le temps,  doivent se vivre à un certain rythme pour être assimilables, ce qui sera plus respectueux de la nature humaine.

 

Réclamer que l’on s’améliore sans cesse implique que l’on ne sera jamais satisfait de soi

Associer changements perpétuels à croissance personnelle est un leurre et une tâche que personne ne peut réalistement relevé.

Courir constamment vers une supposée meilleure version de soi n’est que chimère et apporte bien souvent tourments, déceptions et frustrations. Les remises en questions perpétuelles qui n’en finissent plus apesentissent l’existence.

Le bonheur réclame entre autres de s’aimer tel que l’on est. Et apprécier qui l’on ait fait du bien, sans que cela soit synonyme d’autosuffisance.

 

Nier le besoin de prendre son temps va à l’encontre du fonctionnement du cerveau

Que cela ne déplaise aux décideurs et économistes de ce monde, le temps existe. Parcourir la distance du point A au point B sera toujours inscrit dans le temps. Et chercher à écourter constamment ce lapse de temps ne peut qu’engendrer stress et maladies. L’évolution a besoin de temps pour être assimilable et faire sens pour notre système nerveux. Cela ne se fait pas en un coup de baguette magique. Et demander au cerveau humain de vivre tant de changements majeurs dans l’espace d’une vie me semble mal avisé.

Oui, le cerveau est une merveille de complexité fabuleuse, mais il n’est pas omnipotent. L’évolution, qu’elle soit personnelle ou sociétale, a besoin d’une chronologie d’adaptation. C’est comme ça. Un point c’est tout.

L’écoulement de la perception temporelle dans un cerveau ne saurait obéir à des impératifs autres que la vitesse normale de réorganisation des réseaux neuronaux qui sont en jeu, surtout si ces impératifs externes n’entendent pas tenir compte de son rythme et de son fonctionnement naturel.

 

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Alors s’il-vous-plaît, veuillez ne plus affubler ceux et celles qui en ont assez des  changements trop rapides et souvent subis de « résistants au changement » (famille, travail, politique, économie mondiale, lois, etc). Ils ne résistent pas, ils cherchent juste à prendre un moment pour respirer et se sentir moins étourdis ».

 

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