La vivencia

Le terme « vivencia » est le nom que l’on donne à une séance de Biodanza®,
mais c’est également le nom qui est donné à l’expérience submergeante voire déflagrante
qui est à la base de la méthodologie de la Biodanza®.

Rolando Toro Araneda définit ce concept comme un arrêt plein,
un instant suspendu dans une perception intense et subjective
de la qualité existentielle du vécu ici et maintenant.

La vivencia se distingue de l’émotion et des sentiments

  • L’émotion est une réponse instantanée psycho-physique à une situation donnée, le vécu de son intensité peut ressembler à l’expérience d’être en vivencia, mais elle n’a pas d’influence sur la construction et l’intégration de l’identité.
  • Le sentiment est une réponse connotée, durable et mentalement élaborée, coloré par nos conditionnements, notre vécu et l’interprétation qu’on en a fait, il est sous l’influence de l’égo.
  • La vivencia est une expérience fortuite, cénesthésique, vécue avec grande intensité, qui nous re-connecte à notre potentiel organique d’être pleinement vivant. Elle n’est pas une catharsis mais elle offre des catabases (petites morts de parties de soi) et des anabases (régénérescence de ces parties) comme possibilité de rompre avec notre incohérence, qui impactent profondément la construction de notre identité. Opérant une véritable re-programmation cellulaire, elle transforme jusqu’aux tréfonds des cellules. Passagère mais intensément prégnante, elle enrichit les comportement et le rapport à soi, aux autres et au monde.

L’expérience de la vivencia est intégrante dans la mesure où elle est vécue hors du temps, de la mémoire, de l’apprentissage, des structures de personnalité et du conditionnement.

L’Homme moderne traverse sa vie insensible à la beauté de ce qui lui arrive et qui l’entoure tellement il est préoccupé à faire ou à tenter de maîtriser les événements à son avantage.

La capacité d’entrer en vivencia est progressive. Le défi du biodanseur est d’atteindre un niveau de vivencia toujours plus profond. 

 La vivencia est une expérience fortuite, cénesthésique, vécue avec grande intensité, qui nous re-connecte à notre potentiel organique d’être pleinement vivant. 

photos Fred scalliet

Le système de la Biodanza® n’est pas une thérapie mais a des effet thérapeutiques. Née en plein essor du Mouvement du Potentiel Humain, il offre un processus d’exploration des potentialités identitaires.
La Biodanza® part du constat que comprendre intellectuellement les choses ne modifie pas nécessairement ni fondamentalement les comportements.
Dès ses premières expériences, Rolando Toro Araneda perçoit que la connaissance antérieure à la parole est le mouvement. Il pressent la danse comme mouvement de vie, d’intimité et pulsion d’union de l’espèce.

Il considère le mouvement comme une voie d’accès privilégiée à l’identité originaire. La vivencia en est la voie royale, car elle a la particularité de ne passer ni par le mental, ni par la parole, mais par le mouvement. Tout mouvement corporel, étant psychomoteur, affectivo-moteur et neuro-moteur, est expression de l’identité.

Chaque danse, qu’elle soit libre ou partagée, stimule la découverte de soi et ouvre l’accès à une conscience amplifiée du potentiel humain. 

La Biodanza® vise à libérer l’être humain inhibé,
à réveiller l’insensibilisé, le déconnecté, l’endormi.

Loin de chercher la compréhension avec la tête,
la Biodanza® offre un espace non verbal
qui touche au niveau physiologique et cellulaire.
Elle considère l’imprégnation des cellules
comme un instrument de transformation puissant
qui permet d’améliorer l’humeur,
le bien-être physique et l’état de santé. 
Elle vise une compréhension organique,
viscérale pour marquer l’identité
d’une empreinte profonde et définitive.

En Biodanza®,
le propos n’est absolument pas de danser SA vie,
ni une catharsis de son histoire personnelle,
mais de danser LA Vie.

Son objectif n’est pas de travailler
ni réveiller les ombres mais de faciliter,
encourager par des éco-facteurs positifs
l’expansion du potentiel.

Le développement personnel n’est pas une finalité,
mais une étape du développement infini de l’identité
et du développement humain,
en augmentant la conscience et l’estime de soi,
en relation avec autrui.

Les 5 lignes de vivencia

Son modèle théorique identifie cinq grands ensembles d’expression du potentiel humain, cinq grands thèmes existentiels humains qui permettent de se sentir intensément vivant. Il les nomme « lignes de vivencias ».

Ces potentiels pulsent et s’interpénètrent, entretiennent des relations qui les renforcent et les potentialisent réciproquement. Chaque ligne de vivencia se travaille grâce à des danses spécifiques.

  • Les danses de vitalité pulsent entre activation et repos pour stimuler l’action du système neurovégétatif, la résistance immunitaire, l’homéostasie, l’énergie disponible pour agir sur le monde et l’instinct de conservation.
  • Les danses de créativité stimulent l’inspiration, les élans expressifs et innovateurs, elle favorisent l’expression artistique et la créativité existentielle, développe l’audace à sortir des schèmes et rompre avec les formes pour trouver des solutions originales.
  • Les danses d’affectivité permettent une rééducation affective et donnent accès aux sentiments d’amitié, d’altruisme, de solidarité, de compassion et de communion harmonieuse avec le monde au travers de rituels d’échange et de rencontres, d’abandon aux caresses.
  • Les danses de sexualité stimulent le plaisir cénesthésique et l’érotisme, elles permettent de surmonter la répression sexuelle en développant la capacité de se rendre magnétique, vibrant, désirant, sexué.
  • Enfin, les danses de transcendance invoquent la capacité à se relier à l’univers et à l’universel, de prendre conscience de la vie en soi, d’être ouvert et sensible à ce que la vie donne. Ces cinq lignes de vivencia se rapportent toutes à des besoins fondamentaux et universels de l’être humain ainsi qu’à ses comportements instinctifs.

Au cours de son existence, chaque individu privilégie une ou plusieurs lignes de vivencia, soit comme stratégie ou comportement de survie, soit pour faire du sens dans sa vie. Il en réprime d’autres, soit parce qu’il se considère inapte à les potentialiser, soit parce qu’il est convaincu qu’il est inconvenant de les développer.

Certaines lignes sont plus valorisées et développées que d’autres suivant la culture du pays. Il est essentiel pour le « facilitateur » formé pendant trois ans dans une école de Biodanza®, de prendre soin des us et coutumes du pays dans lequel il anime des sessions de Biodanza®.
Sa responsabilité est d’être capable d’adapter la manière dont les cinq lignes de vivencias sont travaillées afin d’assurer la progressivité et l’effectivité de leur intégration.

Le propos de la Biodanza® n’est pas de développer au maximum toutes les lignes de vivencia, tous les potentiels humains mais plutôt de veiller à ce qu’ils soient développées de manière équilibrée pour faire sien le principe biocentrique.